Viols : traumas

Avant de vous faire, demain, un premier bilan une semaine après le lancement de l’opération d’envoi aux élu-e-s et ministères, un nouvel article, sur les traumas liés au viol. Pour mieux comprendre pourquoi il est indispensable que la justice prenne en charge les victimes, pourquoi qu’il est indispensable, si on veut qu’un jour elles ne soient plus de les victimes, de les reconnaître comme telles, et de mettre fin à l’impunité des agresseurs. Car pour aller de l’avant, il faut 1/ que justice soit rendue 2/ que soins et réparation aussi.

Les viols sont à l’origine de graves conséquences sur l’intégrité physique et psychique directement liées à l’installation de troubles psychotraumatiques sévères (dont l’état de stress post traumatique) qui, s’ils ne sont pas pris en charge spécifiquement et si les victimes ne sont pas secourues, crues et bien accompagnées, peuvent se chroniciser et durer de nombreuses années, voire toute une vie, et avoir un impact très lourd sur la santé des victimes. Les viols ont le triste privilège d’être avec la torture celles qui vont avoir les conséquences psychotraumatiques les plus graves, avec un risque de développer un état de stress post traumatique chronique très élevé, avec jusqu’à 80 % de risque de les développer alors que lors de traumatismes en général il n’y a que 24 % de risques. Lors de viols, la mise en scène de meurtre de l’agresseur associée à sa volonté de faire le plus souffrir la victime, de la dégrader, de l’humilier et de porter atteinte à sa dignité, génèrent chez les victimes un sentiment de mort psychique, elles se perçoivent comme des survivantes et même, pour  certaines, comme des « mortes vivantes ».

Les troubles psychotraumatiques sont des conséquences normales des violences qui s’expliquent par la mise en place de mécanismes neuro-biologiques et psychiques de survie à l’origine d’une mémoire traumatique. Ces mécanismes sont mieux connus depuis une dizaine d’années. Ils sont pathognomoniques, c’est-à-dire qu’ils sont spécifiques et qu’ils sont une preuve médicale du traumatisme. Ils ne sont pas liés à la victime mais à la gravité de l’agression et à l’intentionnalité destructrice de l’agresseur.

Ces troubles psychotraumatiques sont méconnus presque jamais identifiés, ni diagnostiqués (les médecins, les psychiatres ne sont pas formés), et en tout état de cause gravement sous-estimés. les victimes sont donc abandonnées sans traitement spécialisé. Tout se passe passe comme si on laissait un polytraumatisé après un accident se réparer tout seul sans soin, au pire il pourrait en mourir, se retrouver le plus souvent avec de lourdes séquelles et de lourds handicaps, et au mieux s’en sortir à peu près, mais après quelles souffrances !! C’est ce qui se passe pour les victimes de violences sexuelles alors qu’elles sont polytraumatisées psychiquement et neurologiquement on les laisse sans soin, alors qu’il existe des soins efficaces. C’est inhumain. Et comble de l’injustice, on leur reproche sans cesse leurs blessures et leurs symptômes, au lieu d’être soignés et pris en compte, ils sont utilisés pour les disqualifier et nier les violences subies. Et ces troubles psychotraumatiques leur sont continuellement reprochés comme si elles en étaient seules la cause.

Ces troubles psychotraumatiques sont générés par des situations de peur et de stress extrêmes provoquées par les violences. Ces violences sexuelles sont tellement terrorisantes, sidérantes, incompréhensibles, incohérentes et impensables qu’elles vont pétrifier le psychisme — le mettre en panne — de telle sorte qu’il ne pourra plus jouer son rôle de modérateur de la réponse émotionnelle déclenchée par l’amygdale cérébrale qui joue un rôle d’alarme en commandant la sécrétion d’adrénaline et de cortisol (hormones de stress). La réponse émotionnelle monte alors en puissance sans rien pour l’arrêter et atteint un stade de stress dépassé qui représente un risque vital cardio-vasculaire (adrénaline) et neurologique (cortisol) par « survoltage » et impose la mise en place par le cerveau de mécanismes de sauvegarde neurobiologiques exceptionnels sous la forme d’une disjonctionC’est un courtcircuit qui isole l’amygdale cérébrale et qui permet d’éteindre la réponse émotionnelle. Cette disjonction se fait à l’aide de la libération par le cerveau de neuromédiateurs qui sont des drogues dures endogènes morphine-like et kétamine-like.

La disjonction entraîne une anesthésie émotionnelle et physique alors que les violences continuent et elle donne une sensation d’irréalité, de déconnexion, de corps mort, de n’être plus dans la situation, mais de la vivre de l’extérieur en spectateur, c’est ce qu’on appelle la dissociation. La dissociation peut parfois s’installer de manière permanente donnant l’impression de devenir une automate, d’être dévitalisée, déconnectée, anesthésiée, confuse, une morte-vivante.

La disjonction est aussi à l’origine de troubles de la mémoire (amnésie lacunaire : « trous noirs ») et d’une mémoire traumatique, la mémoire émotionnelle des violences va rester piégée dans l’amygdale, isolée elle ne pourra pas être traitée par l’hippocampe (structure cérébrale qui est un logiciel de traitement et d’encodage de la mémoire consciente et des apprentissages). Cette mémoire traumatique va alors rester en l’état, surchargée d’effroi, de détresse, de douleur et exploser ensuite à distance des violences de manière incontrôlable au moindre lien ou stimulus qui rappellent les violences (situations, lieux, odeurs, sensations, émotions, stress, etc.). Elle  fait revivre à l’identique, comme une « machine à remonter le temps »de façon intolérable les violences avec les mêmes émotions, les mêmes sensations, le même stress dépassé lors des réminiscences ou lors de cauchemars. Elle envahit totalement la conscience et provoque une détresse, une souffrance extrême et à nouveau un survoltage et une disjonction. Cette mémoire traumatique, telle une « boîte noire » contient tout le vécu émotionnel et sensoriel de la victime, les faits de violences, mais aussi tout ce qu’a mis en scène l’agresseur, ses paroles, ses expressions.

La vie devient un enfer avec une sensation d’insécurité, de peur et de guerre permanente. Il faut être dans une vigilance de chaque instant pour éviter les situations qui risquent de faire exploser cette mémoire traumatique. Des conduites d’évitement et de contrôles de l’environnement se mettent alors en place. Toute situation de stress est à éviter, il est impossible de relâcher sa vigilance, dormir devient extrêmement difficile.

La vie devient un terrain miné par cette mémoire traumatique qui est tout le temps susceptible d’exploser en se rechargeant encore plus à chaque fois, et en créant au bout d’un certain nombre d’explosions une accoutumance aux drogues dures endogènes disjonctantes. À cause de cette accoutumance, l’état de stress dépassé avec survoltage ne peut plus être calmé par la disjonction, la souffrance devient intolérable, avec une impression de mort imminente. Pour y échapper il n’y a plus comme solution que de recourir au suicide ou à des conduites dissociantes, c’est-à-dire à des conduites qui augmentent brutalement le niveau de stress pour arriver coûte que coûte à sécréter suffisamment de drogues dures endogènes (pour disjoncter malgré l’accoutumance), ou qui renforcent l’effet des drogues endogènes grâce à une consommation de drogues exogènes (alcool, drogues, psychotropes à hautes doses).

Ces conduites dissociantes sont des conduites à risques et de mises en danger : sur la route ou dans le sport, mises en danger sexuelles, jeux dangereux, consommation de produits stupéfiants, violences contre soi-même comme des auto-mutilations, violences contre autrui (l’autre servant alors de fusible grâce à l’imposition d’un rapport de force pour disjoncter). Rapidement ces conduites dissociantes deviennent de véritables addictions. Ces conduites dissociantes sont incompréhensibles et paraissent paradoxales à tout le monde (à la victime, à ses proches, aux professionnels) et sont à l’origine chez la victime de sentiments de culpabilité et d’une grande solitude. Elles représentent un risque très importants pour sa santé (accidents, maladies secondaires aux conduites addictives).

Les viols et leurs troubles psychotraumatiques s’ils ne sont pas pris en charge de façon juste, humaine et adaptée vont donc être à l’origine de nombreux problèmes de santé avec une fatigue et des douleurs chroniques invalidantes, des insomnies, des troubles anxieux sévères, des états dépressifs réactionnels, des tentatives de suicides, des addictions, des troubles alimentaires, des troubles de la sexualité, des troubles de la mémoire et de la concentration, des troubles cardio-vasculaires et respiratoires, digestifs, gynécologiques, dermatologiques et endocriniens… Ces troubles psychotraumatiques auront alors un impact catastrophique sur la santé et la vie personnelle, sociale, scolaire et professionnelle des victimes et seront même un déterminant majeur de leur santé (ce que de nombreuses études ont prouvées).

La prise en charge est essentielle, elle consiste à faire cesser les violences, mettre à l’abri et en sécurité, et faire appel à la loi, donner des informations et expliquer les mécanismes psychologiques et neurobiologiques psychotraumatiques pour que les victimes comprennent ce qui leur arrivent, pour qu’elles puissent se déculpabiliser et avoir une boîte à outils pour mieux se comprendre, mieux se protéger et mieux se soigner, orienter vers des centres de soins spécialisés avec des médecins formés à la psychotraumatologie.

Les soins consistent à soulager la souffrance psychique en priorité, à permettre d’éviter le plus possible les conduites dissociantes, à identifier la mémoire traumatique qui prend la forme de véritables mines qu’il s’agit de localiser, et puis patiemment avec  la psychothérapie il faut la désamorcer et la déminer, en faisant des liens et en réintroduisant des représentations mentales pour chaque manifestation de la mémoire traumatique, ce qui va permettre de réparer et de rétablir les connexions neurologiques qui ont subi des atteintes et même d’obtenir une neurogénèse. Il s’agit de « réparer » l’effraction psychique initiale, la sidération psychique liée à l’irreprésentabilité des violences. Effraction responsable d’une panne psychique qui rend le cerveau incapable de contrôler la réponse émotionnelle ce qui est à l’origine du stress dépassé, du survoltage, de la disjonction, puis de l’installation d’une dissociation et d’une mémoire traumatique. Cela se fait en « revisitant » le vécu des violences, accompagné pas à pas par un « démineur professionnel » avec une sécurité psychique offerte par la psychothérapie et si nécessaire par un traitement médicamenteux, pour que ce vécu puisse petit à petit devenir intégrable, car mieux représentable, mieux compréhensible, en mettant des mots sur chaque situation, sur chaque comportement, sur chaque émotion, en analysant avec justesse le contexte, ses réactions, le comportement de l’agresseur. Cette analyse poussée permet au cerveau associatif et à l’hippocampe de refonctionner et ainsi de reprendre le contrôle des réactions de l’amygdale cérébrale et d’encoder la mémoire traumatique émotionnelle pour la transformer en mémoire autobiographique consciente et contrôlable. Le but, c’est de ne jamais renoncer à tout comprendre, ni à redonner du sens, tout symptôme, tout cauchemar, tout comportement qui n’est pas reconnu comme cohérent avec ce que l’on est fondamentalement, toute pensée, réaction, sensation incongrue doit être disséqué pour le relier à son origine, pour l’éclairer par des liens qui permettent de le mettre en perspective avec les violences subies. Par exemple une odeur qui donne un malaise et envie de vomir se rapporte à une odeur de l’agresseur, une douleur qui fait paniquer se rapporte à une douleur ressentie lors de l’agression, un bruit qui paraît intolérable et angoissant est un bruit entendu lors des violences comme un bruit de pluie s’il pleuvait, un bruit de chaudière si le viol a été commis tout à côté d’une chaudière, une heure de la journée peut être systématiquement angoissante ou peut entraîner une prise d’alcool, des conduites boulimiques, des raptus suicidaires, des auto-mutilations s’il s’agit de l’heure de l’agression, une sensation d’irritation, de chatouillement ou d’échauffement au niveau des organes génitaux survenant de façon totalement inadaptée dans certaines situations peut se rapporter aux attouchements subis, des “fantasmes sexuels” violents, très dérangeants dont on ne veut pas, mais qui s’imposent dans notre tête ne sont que des réminiscences traumatiques des viols ou des agressions sexuelles subies…

Rapidement, ce travail se fait quasi automatiquement et permet de sécuriser le terrain psychique, car lors de l’allumage de la mémoire traumatique le cortex pourra aussitôt contrôler la réponse émotionnelle et apaiser la détresse sans avoir recours à une disjonction spontanée ou provoquée par des conduites dissociantes à risque. Il s’agit de devenir expert en « déminage » et de poursuivre le travail seul, les conduites dissociantes ne sont plus nécessaires et la mémoire traumatique se décharge de plus en plus, la sensation de danger permanent s’apaise et petit à petit il devient possible de se retrouver, et d’arrêter de survivre pour vivre enfin.

Les violences sexuelles ne sont pas une fatalité, elles n’ont rien à voir avec la sexualité et le désir sexuel, elles ne sont que des violences terriblement efficaces (les plus efficaces avec la torture) pour détruire, dégrader et soumettre l’autre, et elles sont utilisés comme une drogue par l’agresseur pour s’anesthésier émotionnellement. La victime est toujours innocente face aux violences, elle est piégée dans un scénario qui ne la concerne pas, à jouer de force un rôle. Ces conduites violentes ne sont possibles que dans un cadre inégalitaire qui permet de fabriquer des victimes toutes désignées et de les instrumentaliser le plus souvent en toute impunité.

Les victimes de viols quand elles sont abandonnées sont prisonnières de troubles psychotraumatiques et de stratégies de survie qui leur brouillent encore plus l’accès à leur vérité et qui participent à la loi du silence : avec de fréquentes amnésies traumatiques des violences (jusqu’à 38 % des victimes de violences sexuelles connues dans l’enfance n’en ont aucun souvenir 17 ans après, étude de Williams 1994, et 59 % seront amnésiques lors de périodes plus ou moins longues, parfois plusieurs décennies, étude de Briere, 1993), avec des souvenirs tellement saturés de troubles dissociatifs que les violences peuvent leur paraître pas si graves, ou bien irréelles, du fait d’une anesthésie émotionnelle, de sentiments d’étrangeté et de sensations d’avoir été spectatrice de la scène de violence, avec également des conduites d’évitement qui leur font éviter tout ce qui peut se rapporter aux agressions (éviter d’y penser, d’en parler), avec des sentiments de honte et de culpabilité crées de toute pièce par le comportement et les propos de l’agresseur qui les isolent et les condamnent au silence, sentiments de culpabilité aussi, parce qu’elles n’ont pas compris pourquoi elles n’ont pas pu se défendre ou fuir, pourquoi elles sont restées avec l’agresseur et ont continué à lui parler, à le voir, parce que la sidération au moment de l’agression est incompréhensible, parce que l’anesthésie émotionnelle liée à la disjonction est troublante et rend confuse, et parce que certaines conduites dissociantes à risque qui poussent à reproduire sur soi les violences ou à se mettre sexuellement en danger font naître le doute (« l’agresseur a peut être raison, et si j’aimais ça…, et si je ne méritais que ça…, et si c’était mon destin…»). Les victimes pensent aussi (souvent à juste titre malheureusement) comme le leur a dit l’agresseur que personne ne les croira, et elles peuvent avoir  peur de l’agresseur qui les a menacé ou menacé leurs proches si elles parlaient.

L’accès à des soins adaptés, spécialisés et gratuits par des professionnels formés est une revendication essentielle. Cette absence d’offre de soins est une perte de chance pour les victimes et une atteinte très graves à leurs droits fondamentaux. 

Article écrit par Muriel Salmona, psychiatre et psychotraumatologue, le 4 mars 2012

Pour en savoir plus :

l’article avec les références les plus récentes : « Mémoire traumatique et conduites dissociantes » : http://stopauxviolences.blogspot.com/2012/03/dernier-article-de-muriel-salmona-avec.html

et sur les mécanismes psychotraumatiques : http://memoiretraumatique.org/psychotraumatismes/origine-et-mecanismes.html

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Un commentaire pour Viols : traumas

  1. Marchand dit :

    Voilà un article comme je les aime tout particulièrement. Voilà, enfin, un article qui parle du traumatisme. C’est très rare. La recherche des raisons pour lesquelles il y a eu une agression sexuelle est à la base même de la prévention: sans recherche, pas de prévention sincère. Je pense qu’une réelle prévention ne passera jamais par une lutte contre la « pédophilie »: « Le mot pédophilie est formé sur les radicaux grecs paidos de παις-παιδος, enfant et philia de φιλία, amitié.  » (source wikipedia) , ou même aux attirances sexuelles ressenties par des victimes elles-mêmes, pour des raisons qu’il me seraient trop longues à expliquer. En son temps je disais qu’il fallait comprendre la « pédophilie » pour sauver des enfants. La définition de « comprendre » n’était pas définie dans le sens d’accepter l’acte, mais, comme je viens de le dire d’en connaître les raisons. Par là même d’arriver même à un sens contraire de la résilience si chère à Boris Cyrulnick.,

    Un jour, ce que j’espère, c’est que des associations de victimes ouvriront des stands pour l’écoute de la « société ». C’est encore très rare de nos jours. Il est important de le faire car de nombreuses victimes n’osent pas s’approcher directement d’elles. Et il n’est pas rare qu’une victime recherche préalablement à parler de ses propres souffrances. Dans ces cas là, on ne peut pas compter sur n’importe qui. La société est souvent trop effrayée d’avoir un enfant abusé pour effectuer correctement un travail d’évitement d’agressions ou de reconstructions envers des victimes qui viendraient à s’approcher d’elle. Celle-ci en ne le faisant pas, elle peut même commettre de nombreux impairs. Celui, par exemple, de placer une victime dans ce que j’appelle la « seconde victimisation ». Souvent, je pense -et oui: encore- il ne suffit pas de grand chose, un seul pas en arrière envers la victime peut l’empêcher de parler pendant des années.

    En tous cas, bien que ne veuille pas en faire la promotion, des « recherches » m’ont aidé en tant que victime à mieux me comprendre, comprendre mes propres réactions aussi. Ce sont les recherches sur la dianétique, elles-mêmes. Et en cas où: je ne fais pas moi-même partie de l’Église de Scientologie. J’espère que des victimes profiteront de ma petite « expérience » en me lisant.

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